Au départ de Reims, la succession de Louison Bobet, triple vainqueur en titre est ouverte. En effet, le natif de St-Méen-le-Grand, mal remis d'une opération ne se présente pas cette année sur la course. Une absence combinée à l'inexorable vieillissement de Fausto Coppi, double vainqueur en 1949 et 1952, Ferdi Kubler, maillot jaune en 1950 et Hugo Koblet, victorieux en 1951, qui fait du grimpeur luxembourgeois Charly Gaul, l'homme à battre.
Dès la première étape, l'équipe de France s'empara du paletot jaune par l'intermédiaire de l'inévitable André Darrigade à Liège. Le coureur landais cédera, pour deux jours, sa tunique au belge Gilbert Desmet à Rouen, avant de la reprendre à Caen au terme d'une étape remportée par Roger Hassenforder. La septième étape entre Lorient et Angers longue de 244km marque le tournant de ce Tour de France 1956. En effet, lors de ce tronçon, un groupe de 31 coureurs dont Roger Walkowiak, coureur de l'équipe Nord Est Centre, l'italien Alessandro Fantini, le français Nello Laurédi et seulement un seul coureur de l'équipe de France Gilbert Bauvin. A l'arrière, le maillot jaune Darrigade est piégé, tout comme le favori des suiveurs Charly Gaul. Après un temps de tergiversation, Marcel Bidot, directeur sportif de l'équipe de France, demande à ses hommes d'organiser une poursuite pour éviter toute mésaventure. Dans un premier temps, celle-ci se montre efficace puisque l'écart se stabilise à quatre minutes mais rapidement les tricolores payent les efforts entrepris depuis le départ du Tour et doivent cesser leur poursuite. L'échappée des 31 va dès lors s'envoler et Fantini, vainqueur à Angers passera la ligne avec 18 minutes 46 secondes d'avance sur le peloton. Le Montluçonnais Roger Walkowiak endosse le maillot jaune et ses prestations de l'année passée en montagne laisse augurer de beaux présages.
Alors que l'équipe de France se déchire entre Bauvin et Darrigade dans l'étape menant à Toulouse, le belge Jan Andrianssen a profité des Pyrénées pour s'emparer du maillot jaune avant de devoir le transmettre trois jours plus tard au hollandais Wagtmans.
L'apogée de ce Tour se situera dans les 250km entre Turin et Grenoble. Sur les pentes de la Croix de Fer et sous un soleil écrasant, Roger Walkowiak décide de se créer un destin. Il s'échappe
avec une obstination incroyable qui fera oser à Michel Clare la comparaison avec le coureur de fond tchèque Emil Zatopek, quadruple champion Olympique, en compagnie de Ockens et Gaul à la
reconquête du maillot jaune. Plus bas, Wagtmans et Andrianssens sont en souffrance et ne peuvent lutter avec le Montluçonnais. Si sur les pentes du Luitel, le luxembourgeois Gaul, qui ramènera
comme l'année d'avant le maillot des grimpeurs, s'en va chercher enfin une victoire d'étape dans ce Tour, Walkowiak a réussi son coup et récupère le maillot de leader, les larmes aux bords des
yeux. « Walko » s'impose à Paris, après une dernière étape escamotée par les premiers du général et remportée sur le vélodrôme du Parc des Princes par l'italien Gastone Nencini.
La victoire de Roger Walkowiak suscite malheureusement beaucoup de critique et semble sous estimer par les suiveurs. En effet, on lui reproche de n'avoir remporter aucune étape, d'avoir profiter des tensions présentes au sein de l'équipe de France, ce qui vaut d'ailleurs ce commentaire à Marcel Bidot : « Si Darrigade avait épaulé Bauvin au lieu de recherché la victoire, Bauvin aurait gagné le Tour... » et surtout d'avoir profité d'une absence de combativité de ses adversaires (Bauvin et Adrianssens) durant les 330km de la dernière étape de ce Tour. Enfin, le Tour 1956, c'est aussi le panache de l'atypique alsacien Roger Hassenforder, vainqueur de quatre étapes à Caen, Bordeaux, Montpellier et Montluçon.