Alpes : Carlos Sastre au niveau des Saunier Duval
Carlos Sastre, vainqueur du Tour de France 2008, a réalisé une montée étonnante sur
l'Alpe d'Huez, avec un début d'ascension très rapide à 500 watts. Une des meilleures ascensions de sa carrière, dignes de celles de Ricco et de Piepoli dans les Pyrénées. Analyse des performances
alpestres.
Collaboration de Frédéric Portoleau
Analyse extraite de l'excellent site cyclismag
Trois étapes dans les Alpes au programme des coureurs pour cette édition 2008 du Tour de France. Deux arrivées inédites à Prato Nevoso et à Jausiers avec des passages au col Agnel, de la Lombarde
et de la Bonette. Un grand classique pour conclure avec l'enchainement Galibier, Croix de Fer et Alpe d'Huez.
-Le vent souvent violent en altitude au dessus de 2000m ne nous a pas permis d'évaluer la puissance sur toutes les ascensions.
15ème étape EMBRUN-PRATO NEVOSO
Tout de suite résumé de l'étape (cliquer sur l'image)
4 coureurs prennent les devants en début d'étape dans la vallée avant le début de l'ascension du col Agnel : Martinez, Gerrans, Arrieta et Pate. Ils franchissent le sommet du col avec plus de 12
minutes d'avance sur le peloton. Nous n'avons pas estimé la puissance dans le col Agnel en raison d'un vent violent.
Les échappés vont conserver suffisamment d'avance sur les favoris du Tour pour se disputer la victoire d'étape. Gerrans l'emporte devant Martinez en développant une puissance moyenne de 376 watts
sur la dernière ascension vers Prato Nevoso.
A 25 km de l'arrivée, l'équipe CSC accélère l'allure en tête du peloton avec Cancellara puis Andy Schleck. A Miroglio, à 8,5 km du sommet, la sélection est faite et seuls 10 coureurs peuvent
suivre Andy Schleck. Après plusieurs tentatives d'échappée, la plus sérieuse étant l'œuvre de Menchov qui chute en pleine montée dans un lacet, Kohl, Sastre, Valverde et Menchov parviennent à
prendre le large dans les deux derniers kilomètres. Kohl et Sastre devancent de quelques secondes Valverde au sommet de Prato Nevoso. A l'arrière, Fränk Schleck parvient à prendre quelques
secondes à Cadel Evans. Il lui ravit le maillot jaune.
Kohl et Sastre ont développé une puissance moyenne de 423 watts sur une durée de 24 minutes. Kohl maintient la même puissance étalon qu'à Hautacam sur une pente moyenne équivalente mais sur une
durée un peu plus courte. Mais le rythme a été très soutenu dans les premiers faux-plats de l'ascension dans les roues de Cancellara puis de Voigt. L'étape a été courue avec de mauvaises
conditions atmosphériques. Le franchissement du col Agnel en début d'étape à plus de 2700m dans le vent et le froid a dû entamer les réserves des coureurs. Cependant, le peloton s'est accordé une
baisse de rythme au cours de la longue approche descendante vers Prato Nevoso. L'Autrichien a donc conservé à peu près le même potentiel physique que dans les Pyrénées. Sastre pour sa part a
réalisé une meilleure montée qu'à Hautacam. Mais lors de cette dernière ascension, le jeu d'équipe l'avait finalement contraint à ne pas donner le maximum et à rester auprès d'Evans. Les Saunier
Duval retirés de la course, Sastre et Kohl s'affirment comme les meilleurs grimpeurs en ce début de traversée des Alpes. Evans a été au même niveau qu'à Hautacam. Il confirme sa grande régularité
mais aussi ses limites en montagne.
Pour des durées d'ascension de 20 à 30 minutes, nous avons régulièrement mesuré depuis 1994 des puissances supérieures à 450 watts. Kohl et Sastre sont par exemple restés à un niveau 40 watts
inférieur aux montées d'Ax Bonascre ou de La Mongie entre 2001 et 2004.
Danny Pate, qui faisait parti de l'échappée, roulait avec un capteur de puissance. Ses données sont disponibles sur : www.saris.com . Il a gravi la dernière
ascension depuis Mondovi (20 km) à 355 watts de moyenne à 5,05 watts.kg-1. Sa dépense en énergie mécanique pour toute l'étape a été de 5100kJ. Il pèse 70,3 kg et correspond à peu près à notre
étalon de 78kg avec vélo. Nous avons estimé pour le coureur Américain une puissance de 374 watts sur les 11 derniers kilomètres. La valeur calculée est un peu supérieure pour deux raisons. Les
coureurs échappés ont fourni un effort plus important sur la fin du col et notre référence est un capteur de puissance placé sur le pédalier http://www.srm.de
tandis que Pate roulait avec le système PowerTap http://www.powertap.fr/ installé dans le moyeu de sa roue arrière.
16ème étape CUNEO-JAUSIERS
L'étape en trois minutes et en espagnol. (cliquer sur l'image)
Allure rapide en début d'étape. Un groupe de 5 coureurs avec Schumacher, Voeckler et Le Mével, Dumoulin et Rosseler aborde en tête le col de la Lombarde après 50 km de course. Ils possèdent 40
secondes d'avance sur un autre groupe de 24 coureurs avec la présence de Popovych et de Dessel. Le peloton passe au pied du col avec un retard de 4min25s.
A l'avant, l'Allemand Schumacher part seul sur des pentes à 10% qui ne l'avantagent pas. Il réalise le meilleur temps de la montée en 59min10s à 380 watts de moyenne. Derrière, le peloton, emmené
par O'Grady de l'équipe CSC, choisi de monter au train à une puissance moyenne de 345 watts. Schumacher creuse donc l'écart et reprend cinq minutes au peloton sur la totalité de la montée. Un
autre groupe avec Cunego, Casar et Moncoutié part en contre attaque et ne concède que 40 secondes à Schumacher.
Compte tenu de son gabarit, Schumacher réalise une très bonne performance pour un col en début d'étape à 7% de pente moyenne. Au sommet, Schumacher passe avec une avance de 2min10s sur Le Mével,
4min25s sur le groupe Popovych, 5min05s sur le groupe Cunego et 9min25s sur le peloton.
Schumacher est toujours seul en tête à Saint Etienne de Tinée au pied du col de la Bonette. Il possède 3min45s sur Le Mével, 4min10s sur un groupe de 30 coureurs et 11min45s sur le peloton. Le
vent est favorable dans la première partie de l'ascension. Schumacher résiste encore sur ces premières pentes à 5-6%. Il a encore 3 minutes d'avance sur le groupe de contre attaque à 15 km du
sommet.
Un peu avant Bousiéyas, la pente devient plus sévère. Schumacher faiblit. Dans les lacets menant au camp des Fourches à 2270m, il va perdre 3 minutes en 8 km sur le groupe de contre attaque
emmené par Dessel et Valjavec. L'Allemand paye sa forte dépense énergétique dans l'ascension du premier col de la journée: 1h à 380 watts.
Le groupe de contre attaque perd des unités. Il ne reste plus que Popovych, Voigt, Portal, Siutsou, Augustyn, Dessel, Valjavec et Casar. A l'arrière, le peloton accélère et 8 coureurs s'isolent:
Evans, Sastre, F.Schleck, A.Schleck, Valverde, Kirchen, Kohl, et Menchov. Vande Velde est la principale victime du jour. Sur la portion du col entre Le Pra et le camp des Fourches, le peloton
développe une puissance moyenne de 400 watts tandis que le groupe Dessel se maintient à 357 watts.
Le vent de face devient violent au dessus de 2300m et décourage alors les attaquants potentiels. Nous ne calculerons donc pas la puissance sur la fin du col. Schumacher est rejoint puis Augustyn
passe en tête au sommet devant Dessel, Casar et Popovych. Kohl passe devant les autres favoris du tour à 1min45s d'Augustyn. Il réalise le meilleur temps de l'ascension de la Bonette en
1h08min13s.
Dessel remporte l'étape à Jausiers devant Casar. En raison du vent de face, les favoris du Tour se sont observés sur la montée de la Bonette. Une étape quelque peu escamotée par les meilleurs
coureurs du Tour de France. La performance du jour est à mettre à l'actif de Schumacher sur le col de la Lombarde. Mais cela s'est avéré comme une erreur tactique de partir seul devant si loin de
l'arrivée. Dessel a mieux géré son étape.
17ème étape EMBRUN-L'ALPE D'HUEZ
Repartons de l'autre côté des Pyrénées pour un nouveau résumé. (cliquer sur l'image)
Une échappée à 4 se dessine rapidement avec Di Grégorio, Schumacher, Velits et Perez. Ils passent en tête au sommet du premier col de la journée le Galibier avec une avance relativement réduite
de 4min45s sur le peloton. Ce dernier l'a gravi à une allure inférieure à 20 km/h depuis le Lautaret. Le rythme s'est accéléré dans le dernier kilomètre avec un Kohl très actif pour empocher les
points du grand prix de la montagne. Comme pour la cime de la Bonette et le col Agnel, nous ne calculerons pas la puissance en raison du vent fort qui soufflait à proximité du sommet.
Di Grégorio est lâché par ses compagnons d'échappée dans la descente du Télégraphe puis sera dépassé par le peloton dans la montée du col de la Croix de Fer.
A l'avant, Velits lâche Perez puis Schumacher à Saint Sorlin à 7 km du sommet du col de la Croix de Fer. Il se retrouve seul en tête.
Derrière, l'équipe CSC prend la course en main au pied du col de la Croix de Fer. Cancellara imprime une allure rapide à 390 watts dans les premiers kilomètres jusqu'au carrefour avec la route de
La Toussuire. Puis, toujours en tête du peloton, il produit un effort de 410 watts pendant 15 minutes au plus fort de la pente à 9%. Après une courte descente pas de relâchement: le Suisse roule
à 31 km/h de moyenne sur les pentes à 4% avant Saint Sorlin (7 km en 13min30s). Il y a alors moins de 30 coureurs dans le groupe Maillot Jaune.
Arvesen prend le relais du Suisse à la sortie de Pierre Aigüe mais en fait les CSC temporisent sur la fin du col. Cela permet le retour de quelques coureurs. La puissance moyenne du groupe
Maillot jaune se situe à 380 watts entre Saint Sorlin d'Arves et le col. Velits passe en tête au sommet avec 1min11s d'avance sur Kohl et le peloton maillot jaune.
Kohl vient de réaliser le meilleur temps de l'ascension de la Croix de Fer en 1h11min45s depuis le centre de Saint Jean de Maurienne. Nous n'avons pas calculé la puissance sur la totalité du col
car il y a des portions de descente et des faux plats. Cancellara a été très impressionnant au cours de cette ascension avec un long passage à 410 watts sur des pentes à 9% ce qui est beaucoup
compte tenu de son gabarit de rouleur.
Pineau attaque dans la descente de la Croix de Fer et rejoint Velits peu avant le barrage du Verney. Les deux hommes de tête possèdent 1min10s seulement d'avance sur un peloton de 36 coureurs au
pied de l'Alpe d'Huez. Les deux fuyards seront assez rapidement dépassés par Carlos Sastre et les autres favoris du tour lors de l'ascension finale.
Carlos Sastre attaque dès le pied de l'ascension. Personne ne peut suivre. Il développe jusqu'à La Garde, après 2,45 km de montée, une puissance moyenne de 500 watts. Il passe en 7min28s à 23
secondes du temps de référence de Pantani (7min05s en 1995). Avec ses 60kg annoncés, Sastre a un avantage sur des pentes à 10% mais moins que Pantani qui devait peser 56kg. Dans le groupe maillot
jaune, le rythme est saccadé avec de nombreuses accélérations suivi de ralentissements. A la Garde, le groupe Schleck a 22 secondes de retard sur Sastre.
Malgré un début d'ascension très rapide, Sastre maintient une puissance moyenne de 450 watts jusqu'à la Chapelle Saint Férréol après 7,35 km de montée. Dans le même temps, le groupe Schleck/Evans
ralenti et perd du temps. L'Espagnol a alors 1min38s d'avance et passe dans un temps de 21min55s à 55s du meilleur temps d'Armstrong à cet intermédiaire (2001).
Ce n'est qu'après le passage sous la banderole « 5km » que Sastre faiblit un peu. Mais quelques rafales d'un vent fort, parfois de face, freinent aussi la progression des coureurs. Sastre
remporte l'étape avec plus de 2min d'avance sur Sanchez et Andy Schleck et un peu plus encore sur les autres favoris du Tour. Il prend le maillot jaune à son coéquipier Fränk Schleck. Dans le
groupe maillot jaune, tout le monde a remarqué l'aisance d'Andy Schleck qui a contrôlé toutes les attaques.
Sastre est bien entendu le plus rapide sur l'ensemble de la montée. Avec 39min30s, il n'améliore pas sa « meilleure marque » de 39min01s en 2006. Sa puissance moyenne sur l'ensemble de
l'ascension, un peu sous évaluée en raison des rafales de vent sur la fin, s'établit à 430 watts. La performance de Sastre est du même niveau que celle de Piepoli et Cobo à Hautacam. La puissance
moyenne est légèrement plus basse mais l'étape était plus longue et nous sommes dans la troisième semaine du Tour de France. Le groupe Evans a développé 403 watts de moyenne.
Les temps de passage sur la montée de l'Alpe d'Huez :
Historique des temps d'ascension sur l'Alpe d'Huez
Les grimpeurs Beat Breu (42'17'' en 1982) et Lucho Herrera (41'50'' en 1987) ont établi des temps de référence pour la montée de l'Alpe d'Huez dans les années 80. En
1991, 3 coureurs dont deux rouleurs (Bugno et Indurain) et un grimpeur (Leblanc) sont passés pour la première fois en dessous des 40 minutes (39'45''). Dans les années 1994-1997, nous avons eu
les montées les plus rapides de l'Alpe d'Huez. Pantani a établi le record en 36'50'' à la fin d'une longue étape en 1995. Depuis, les vitesses d'ascension tendent à diminuer. Armstrong a à deux
reprises réalisé le meilleur temps dans les années 2000 mais sans inquiéter les temps de Pantani. Par rapport à l'époque de Pantani, la baisse de puissance est aujourd'hui de 40 watts en tenant
compte de l'allègement des vélos, soit environ 10%. Voici d'ailleurs une petite vidéo du record du pirate en 1997. (cliquer sur l'image)
Etapes longues avec plusieurs cols à gravir :
Etapes courtes ou montées sèches :
A retenir :
-Nous avons l'habitude de compter le nombre de coureurs ayant une moyenne supérieure à 410 watts pour les dernières ascensions des étapes. Cette année, 3 coureurs dépassent cette limite: Sastre,
Schleck F. et Kohl. L'année dernière, nous avions eu 5 coureurs à plus de 410 watts: Contador, Rasmussen, Leipheimer, Soler et Evans. Sastre réalise un aussi bon tour de France qu'en 2006 avec
415 watts de moyenne. Sastre apparaît moins fort en montagne que Contador, Rasmussen et Soler. Les accélérations dans les cols sont moins spectaculaires que l'année dernière (duels
Contador/Rasmussen). Cependant Ricco dans l'Aspin et Sastre à l'Alpe d'Huez nous ont gratifié d'attaques tranchantes.
-Performance étonnante de Sastre sur l'Alpe d'Huez avec un début d'ascension très rapide à 500 watts. Une de meilleures ascensions de sa carrière avec La Mongie et le contre la montre de l'Alpe
d'Huez en 2004. Mieux que Joux Plane en 2006. Sa performance est du même acabit que celles de Ricco et de Piepoli dans les Pyrénées.
-Sastre ne semble pas fatiguer après plusieurs ascensions. En 2004, il avait gravi l'Alpe d'Huez en 39'57'' lors du contre la montre et 39'30'' cette année à la fin d'une étape de 210 km après
deux grands cols. Il avait même fait 39'01' en 2006. En parallèle, Moncoutié et Goubert avaient gravi la montée de l'Alpe lors du contre la montre respectivement en 39'56'' et 39'58''. Cette
année, ils n'ont pu faire mieux que 44'27'' et 43'30''. L'effet de la fatigue est clairement visible pour ces deux coureurs au contraire de Sastre.
-Evans apparaît au même niveau que l'année dernière (407 watts de moyenne). Il n'a pas trop amélioré sa condition physique depuis le Dauphiné Libéré au contraire de Sastre. L'Espagnol avait
terminé 20ème seulement de cette épreuve.
-Vande Velde (32 ans) n'a jamais été aussi fort. Mise à part un moment difficile dans la montée de la Bonette, il a confirmé ses performances des Pyrénées.
-Excepté Sastre, et les Sauniers Duval dans les Pyrénées, peu de différence de niveau entre ceux qui terminent dans les 10 premiers du général. Nous avons souvent eu ensemble dans les cols des
coureurs ayant des niveaux très proches les uns des autres. L'aspect tactique a influencé plus que les autres années les temps d'ascension.
-Les Français : Goubert a fait un très bon tour de France, un peu moins bon dans les Alpes que dans les Pyrénées. Finalement, on pourrait le situer à peu près au même niveau qu'en 2004.
Bon Tour de France de Casar, à un niveau légèrement inférieur au Tour d'Italie 2006 (6ème au classement général).
Moncoutié était plus performant dans les Alpes en étant présent à l'avant lors de l'étape de Jausier puis a réalisé une belle ascension de l'Alpe d'Huez. Dessel a remporté une belle étape de
montagne mais son niveau apparaît moins constant qu'en 2006.
(*)Etalon de 78 kg avec vélo Nous ne calculons pas la puissance réelle développée par les coureurs. Celle-ci dépend entre autre de la masse à élever pour vaincre la pente. Le poids des
coureurs n'est pas toujours connu avec précision le jour de la mesure. Ils peuvent se déshydrater en cours d'étape et perdre quelques kilogrammes. Le nombre de bidons portés est variable. Pour
toutes ces raisons, nous préférons calculer la puissance d'un « coureur étalon » de 70 kg avec un équipement de 8 kg. Cette valeur est utilisée pour faire nos comparaisons.